Reformulation, explication, savoirs partagés : (emplois des MD fr. c’est-à-dire, it. cioè, roum. adică)
Adriana Costăchescu (Université de Craiova, Roumanie)
La reformulation est une stratégie de communication qui permet au locuteur de répéter une information déjà transmise, cette nouvelle présentation étant souvent introduite par un marqueur discursif, appelé ‘de reformulation’ (MDR) comme c’est-à-dire, autrement dit, en d’autres termes, ou mieux encore, etc. Notre recherche se propose de relever les fonctions des MDR en examinant l’emploi en français du marqueur discursif c’est-à-dire et de ses équivalents en italien (cioè) et en en roumain (adică), dans trois corpus écrits littéraires.
L’existence même de la reformulation montre la nécessité de revoir au moins deux hypothèses courantes de la linguistique théorique. Les théories pragmatiques cognitives (comme Grice 1975, Sperber/ Wilson 1986) ont dans leur centre les inférences des récepteurs, donc les processus mentaux qui permettent aux auditeurs de comprendre ce que le locuteur a voulu transmettre. Le fait que le locuteur reformule et retransmet une information déjà communiquée montre que celui qui parle fait aussi des inférences. En principal, après avoir parlé, le locuteur vérifie (i) si son message a ‘traduit’ avec exactitude sa pensée, donc ce qu’il a voulu dire et (ii) si le message est compréhensible aux récepteurs. Une autre hypothèse qui doit être nuancée regarde la ‘loi du moindre effort’, principe formulé par Martinet (1960) et impliqué dans la théorie de Grice (la ‘maxime de quantité’) et dans la définition du concept de ‘pertinence’ (Sperber/ Wilson 1986). La reformulation montre que pour les locuteurs l’exactitude et la clarté du message est beaucoup plus importante que la nécessité de déployer des efforts supplémentaires. Le locuteur signale souvent le fait que le message contient une information répétée par un MDR.
L’étude de trois corpus (français, italien et roumain) constitués de textes littéraires nous a permis d’identifier plusieurs fonctions discursives translinguistiques des énoncés introduits par MDR : enlever l’ambiguïté d’items polysémiques, signaler les hésitations ou le changement de la direction du discours, corriger l’information approximative ou inexacte, résoudre des anaphores, assurer l’ancrage spatial et/ ou temporel des prédications, traduire des expressions exprimées en langue étrangère. Une partie de ces fonctions se retrouvent dans des études antérieures dédiés à l’un des MDR examinés.
Un thème nouveau est traité dans la section 4, dédiée à la fonction des MDR d’introduire et d’expliciter des significations ad hoc, donc la modulation des significations du code linguistique qui se manifeste seulement dans un certain contexte. L’article signale d’abord des définitions particulières, propres à l’univers mental et conceptuel du locuteur, ainsi que des extensions connotatives (positives ou négatives) qui remplacent la signification ‘standard’ des items. Une forme particulière de rétrécissement est représentée par la description détaillée dans laquelle une certaine prédication a été réalisée, ce qui donne au SV une signification ad hoc. Enfin, souvent les MDR introduisent des explications concernant des lexèmes ou syntagmes à signification conceptuelle ou générale, concrétisant ainsi l’abstrait et réduisant le vague.
Notre analyse relève, en plus, que les MDR présentent une remarquable similitude fonctionnelle dans les trois langues romanes examinées, fait que confirme de caractère translinguistique de l’emplois des marqueurs linguistiques.