Adriana Costăchescu
Université de Craiova
L’article décrit une partie des fonctions pragmatiques du verbe savoir en tant qu’assertif fort, qui joue un rôle important dans le processus de cristallisation des savoirs partagés, c’est-à-dire du common ground (CG). Ce concept, proposé par Grice (1981) et théorisé par Stalnaker (2002), désigne l’ensemble des informations que les participants à une conversation ont en commun, le CG étant important pour le bon fonctionnement de tout transfert d’informations.
Dans la formation du CG, le verbe savoir désigne non seulement les savoirs communs, partagés, mais aussi les savoirs personnels non (encore) partagés, qui changent de statut, se transformant, grâce aux informations communiquées, en CG. L’auteur analyse la quantification scalaire des deux constituants fondamentaux du verbe savoir, le détenteur du savoir (l’expérienceur, de règle le sujet syntaxique du verbe) et le contenu de ces connaissances, donc des informations exprimées par le nominal complément d’objet direct ou par la complétive. L’échelle va de la quantification universelle, globale ou distributive (tous savent …, chaque étudiant sait …, ils savent tout, il sait chaque client) jusqu’à la quantification zéro (nul ne sait rien de…), en passant par des ‘quantités’ intermédiaires (nombreux/ peu nombreux sont ceux qui savent…, etc.).
Un autre aspect nouveau analysé ici concerne les processus mentaux, les inférences faites par les participants au dialogue au sujet des contenus communiqués, mécanisme mental qui a valu aux théories de Grice et de Sperber/ Wilson l’épithète de ‘cognitif’. Ce qualificatif est seulement partiellement mérité, car les théoriciens cités ont analysé seulement les déductions faites par les récepteurs pour identifier le ‘vouloir dire’ de celui qui parle. Pourtant, le locuteur, lui aussi, ‘juge’ ce qu’il a dit et il avance des estimations sur les énoncés qu’il a prononcés, opération qui le fait, parfois, reformuler son message. Certains emplois du verbe savoir montrent un autre type d’inférences de l’émetteur qui fait souvent des hypothèses sur le CG de ses interlocuteurs, suppositions qu’il vérifie au cours de la conversation.