Le roumain en contexte néolatin: les cas obliques prépositionnels

Résumé

Adriana Costăchescu

Université de Craiova (Roumanie)

Résumé

La notion de ‘cas’ a connu au cours de l’histoire de la linguistique des élargissements significatifs, passant d’une signification purement morphologique (« désinence variable des mots qui se déclinent » Littré s. v.) à une acception fondamentalement sémantique (‘adpositions’, c.-à-d. des cas introduits par des prépositions, les cas de la structure sous-jacente de la grammaire des cas, de Fillmore (1968) ou de Anderson (1971), le ‘cas abstrait’ de Chomsky (1981, 1995), etc.).

Dans les langues romanes occidentales, par exemple en français et en italien, les cas ‘obliques’ (le génitif et le datif) se présentent sous la forme analytique d’un SPrép :  de + SN (en français) et di + SN (en italien) pour le génitif et à + SN (en français) ou a + SN (en italien) pour le datif.  Le roumain présente la particularité d’avoir conservé dans le paradigme des substantifs des traces importantes des cas obliques synthétiques du latin. Il se pose le problème si en roumain aussi il existe des formes casuelles analytiques. La dernière édition de la Grammaire de l’Académie roumaine (GALR 2008) semble exclure cette possibilité, à la différence de l’édition précédente, (GALR 1966), qui signalait la possibilité d’un complément d’objet indirect en datif ayant la forme la + SN « à SN ».

Certains romanistes ont exprimé l’opinion qu’en roumain les cas obliques peuvent être exprimés tant par des formes synthétiques (morphèmes) que par des formes analytiques (syntagmes prépositionnels de + SN pour le génitif et la + SN pour le datif). Encore plus, à cause du fait que la tendance à exprimer les cas par des SPrép existait déjà en latin, Iliescu/ Macarie (1965), Iliescu (1991) ou Livescu (2010), ont soutenu que le roumain a hérité du latin les deux possibilités d’exprimer les relations casuelles –  les formes synthétiques, mais aussi des formes casuelles obliques prépositionnelles (Livescu 2010 : 491).

Notre communication examine les correspondants en français, en italien et en roumain des formes casuelles latines du génitif et du datif. Par rapport au roumain, nous avons identifié trois situations :

  1. les deux formes (synthétique et analytique) sont possibles en roumain (le génitif de l’origine: LAT. mater/ pater familias; FR. mère/ père de la famille; mère/ père de famille; IT. madre/ padre di famiglia; madre/ padre della famiglia; RO. tatăl/ mama familiei; tată/ mamă de familie; le datif d’attribution: LAT. do vestem pauperi; FR. je donne un vêtement au pauvre; IT. do un vestito al povero RO. dau o haină săracului/ dau o haină la sărac);
  2. la forme synthétique est la seule possible (le génitif possessif:  LAT. canis vicini; FR le chien du voisin; IT. il cane del vicino; RO. câinele vecinului; le datif d’attribution (avec certains verbes) FR. le livre appartient au professeur; IT. il libro appartiene al professore; RO. cartea aparţine profesorului);
  3. la forme analytique, prépositionnelle est la seule possible en roumain aussi (le génitif de la matière: LAT. lorum membranae; FR. courroie de cuir; IT. cinghia di cuoio; RO. curea de piele; le complément d’objet indirect introduit par la:  FR. il a fait appel au professeur/ à la force; IT. è ricorrso all’aiuto del professore/ alla forza  RO. a apelat la profesor/ la forţă).

La difficulté d’interpréter en roumain le cas de la forme nominale du SPrép dérive du fait que leur forme est identique à celle du nominatif-accusatif, les deux ‘cas directs’.  Si nous considérons que certaines occurrences des prépositions roumaines de et la sont des contextes de neutralisation, où apparait la forme casuelle non-marquée (le ‘cas direct’), on peut soutenir l’existence d’un génitif et d’un datif prépositionnels en roumain aussi, ou, en étendant la proposition de Söhrman (2012), d’une ‘construction génitivale/ dative’. Une telle interprétation est de nature à montrer encore une fois la similitude entre le roumain et ses sœurs néolatines et à unifier au niveau théorique dans la grammaire du roumain la catégorie du complément du nom ainsi que celle du complément d’objet indirect.

 

Mots-clés : génitif/ datif analytique et/ ou synthétique ; génitif de l’origine, de la possession, de la matière, de la qualité ; subjectif, objectif ; datif d’attribution.

 

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