Notre étude examine le rapport qui existe entre la conversion catégorielle déclenchée par l’article défini (le/ la/ les) et l’expression du pluriel en français. Nos recherches s’inscrivent dans le cadre d’une Grammaire de Montague élargie grâce aux travaux novateurs de George Boolos sur les pluriels (Boolos 1984, 1998). Les études de Boolos ont conduit à la création de plusieurs modèles sémantiques basés sur une logique du second ordre intégrant les pluriels (Champollion 2014, Varzi 2019, Linnebo 2022).
Nous avons examiné la manifestation du pluriel non seulement dans le syntagme nominal, mais aussi dans le syntagme verbal, quand il exprime une prédication multiple (c’est-à-dire plusieurs manifestations de l’état ou plusieurs actions). Les phrases plurielles, surtout celles distributives, peuvent dénoter des ensembles cumulatifs (formalisés à l’aide de l’opérateur de sommation ‘*’, pour la traduction formelle de phrases du type Jean et Marie ont dîné tard = Jean a dîné1 tard et Marie a dîné2 tard, donc deux actions de dîner). Pour la traduction en formules logiques de la cumulativité (ex. La foule marchait vers la mairie) on utilise l’opérateur de formations de groupes ‘↑’. Pour les phrases exprimant des pluralités, il faut prendre en considération aussi quatre rôles sémantiques (agent, thème, temps et lieu) dont les formes au pluriel jouent est un élément important dans la constitution des groupes ; le plus souvent les substantifs qui les expriment ne précisent pas la contribution individuelle de chaque élément formant l’union.
La conversion catégorielle faite par l’article défini singulier en français détermine le passage d’un nom comptables individuel à la catégorie d’un nom collectif (Le Français parlait vite vs. Le Français, ce peuple spirituel ; Le lion s’appelle Bernard vs. Le lion est un animal grégaire), avec le haussement du type sémantique du syntagme nominal (Partee 1987). Pour les séries de mots qui ont lexicalisé le sens collectif, le singulie