La majorité des études dédiées à l’adverbe déjà (et à ses équivalents dans d’autres langues, comme l’angl. already, l’allem. schon, l’esp. ya, l’it. già, etc.) s’intéressent surtout aux présuppositions que cet adverbe déclenche: par exemple la proposition Marie habite déjà ici> (à la différence de Marie habite ici), active la présupposition Marie n’habitait pas ici auparavant. Dans ce cadre théorique le débat illustre deux conceptions: selon certains chercheurs (Abraham 1980, Garrido Medina 1992, Deloor 2012), l’adverbe déjà signale une modification d’un état antérieur présupposé; pour d’autres (Doherty 1973, R. Martin 1983), l’adverbe communique deux présuppositions: l’une concernant un intervalle temporel du passé, l’autre regardant un intervalle du futur, les deux laps de temps se rapportant à l’intervalle de référence de la phrase, R (v. aussi Deloor 2012).
À part cette fonction d’activeur de présuppositions, une étude de deux corpus (l’un français et l’autre roumain) nous a montré trois autres groupes d’emplois des adverbes fr. déjà et roum. deja:
– du point de vue sémantique cet adverbe
(a) focalise sur le fait que la phase finale de la prédication a été atteinte: il est déjà arrivé – a sosit deja;
(b) souligne que l’état précédent se prolonge: les fibres textiles artificielles étaient déjà devenus classiques – fibrele textile artificiale deveniseră deja clasice ;
(c) focalise sur l’État résultatif de la prédication (dans une demi-heure, le parfum des roses embaumait déjà le salon – într-o jumătate de oră, mireasma trandafirilor parfuma deja camera>)
– du point de vue discursif, déjà peut avoir un rôle argumentatif (c’est impossible de ne plus rencontrer Marie; déjà je supportais très mal de rester deux jours sans la voir – e imposibil să nu mă mai întâlnesc cu Maria; deja am suportat greu să nu o văd două zile) où déjà introduit un argument supplémentaire en faveur de l’impossibilité pour le locuteur de rester sans revoir Marie (v. Apothéloz / Nowakowska 2011);
– l’adverbe est un marqueur discursif qui exprime:
(a) la survenance précoce de la prédication (le locuteur considère qu’une prédication (état ou action) s’est manifestée avant ce qui était prévu): il a déjà fini – deja a terminat>; il est déjà trois heures – s-a făcut deja ora trei;
(b) la surprise du locuteur (qui s’attendait à une prédication occupant un intervalle ultérieur): A. Jean est le directeur du musée. B. Déjà? A. Ion e directorul muzeului. B. Deja? / Așa curând?
(c) la réaction négative à l’opinion de l’interlocuteur: tu me prends déjà pour un vieillard? – mă consideri deja bătrân?
– l’adverbe est aussi un activeur de présuppositions.
En français l’adverbe déjà, ainsi que le roumain deja, un gallicisme, font partie de la classe relative restreinte d’items complexe, dont la description implique la sémantique, la pragmatique et la théorie du discours.
L’adverbe déjà : activeur de présupposition, marqueur discursif et focalisateur de phase prédicative
2016
Résumé
Rezumat
Abstract
Déjà-texte 2016
Download full