Invectives, insultes et sarcasmes dans un débat parlementaire (autour d’une motion de censure)

Résumé

L’auteur se proposer d’examiner l’échange de répliques entre les membres des partis parlementaires au cours du débat autour de la motion de censure qui a fait tomber le gouvernement roumain, le 5 octobre 2021. Le cadre théorique de la recherche est constitué par la pragmatique des stratégies rhétoriques pour la réparation d’image (William Benoit 2015) et pour les réponses possibles face à une crise (Timothy Coombs 2006).

Avant le vote final, la séance commune de la Chambre des députés et du Sénat a été constituée par trois moments bien distincts : la lecture de la motion de censure, la réponse du premier ministre, les brefs discours des parlementaires exprimant la position de leurs partis. La motion de censure a été rédigée dans le langage neutre des réunions parlementaires (le ‘politichese’), donc son texte n’est pas intéressant pour une analyse pragmatique et rhétorique, à la différence des discours successifs, du premier ministre et des autres parlementaires.

Le premier ministre a utilisé à sa défense une panoplie de techniques de réponse à une situation de crise : se victimiser et attaquer les accusateurs (qualifiés de socialistes, extrémistes ou néofascistes), l’autolouange (sincérité totale malgré les risques politiques, les succès économiques, la bonne gestion de la pandémie), l’évocation des bonnes intentions, la minimisation, les excuses, la mortification et la présentation répétée d’excuses pour sa tolérance vis-à-vis l’incompétence de ses anciens alliés. Vu que la crise a été provoquée par la décision d’un des partis importants de la coalition, l’USR (l’Union ‘Sauvez la Roumanie’, parti qui avait 8 des 20 ministres) de rompre l’alliance et de voter en faveur de la motion de censure du parti socialiste d’opposition, le premier ministre a fait appel avec une grande fréquence au moyen rhétorique du ‘bouc émissaire’, donc il a imputé la crise à ce parti (USR joacă alba-neagră cu guvernarea « l’USR joue au jeu de gobelet avec l’action gouvernementale », USR aruncă România în haos « l’USR jette la Roumanie dans le chaos », adevărata lor faţă e cea de azi « leur vrai visage est celui d’aujourd’hui », aţi minţit şi aţi trădat « vous avez menti et vous avez trahi »).

Ses opposants, dans des discours plus brefs, ont exprimé leurs attaques par des phrases très critiques (şef peste un cadavru politic « chef d’un cadavre politique », omul cel mai detestat din România « la personne la plus détestée de la Roumanie », frânarul reformelor « le freineur des réformes »), l’adaptation à la situation d’expressions idiomatiques usuelles  (v-aţi bătut ca chiorii pentru şefia PNL « vous vous êtes battu comme des chiffonniers (litt. comme des aveugles) pour la présidence du Parti Libéral », încearcă să scoată cămașa găsind USR vinovat « il tente de se sortir d’embarras  en accusant l’USR » aţi jucat golf cu vieţile românilor «vous avez joué au golf avec les vie des Roumains » (le golf étant le sport préféré du président Iohannis), pălărie de premier prea mare « chapeau de premier ministre trop grand »). On doit ajouter l’emploi des sobriquets (Florine, Superman, ai căzut în cap « Florin (Cîţu), Superman, tu es tombé sur la tête »), ainsi que l’emploi ironique d’expressions prises de l’anglais, allusion aux étudies du premier ministre aux États-Unis (get lost, ai eşuat big time « tu as échoué big time », politician de tip new « politicien de type new »).

Le langage utilisé a été particulièrement acide et très agressif, parsemé d’invectives, d’injures et de sarcasmes, preuve de l’atmosphère politique très tendue du moment.

Texte invectives

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