Adriana Costăchescu, Université de Craiova
L’article examine le comportement discursif de trois catégories de marqueurs discursifs (MD) – de désaccord, de changement de thème et de reformulation, qui jettent des doutes sur certains postulats avancés par deux théories pragmatiques à base cognitive, importantes et très populaires : la théorie de la conversation de Grice (1975) et la théorie de la pertinence (Sperber/ Wilson 1986). Des relations discursives particulières peuvent être exprimées aussi par des mots, syntagmes ou propositions qui n’ont pas subi une recatégorisation, conservant leur statut linguistique mais acquérant dans certains contextes une valeur de signal discursif, tout à fait similaire aux divers types de MD. Nous avons appelé ces éléments ‘marqueurs polyfonctionnels’ (MPoly). Par exemple, si nous voulons intimer à notre interlocuteur de ne plus parler nous pouvons lui dire assez !, silence ! (MD) ou bien tais-toi/ taisez-vous (MPoly) ; ces éléments présentent un statut linguistique syntaxique et sémantique différents, mais leur fonction discursive est similaire, sinon identique.
Les MD/MPoly de désaccord montrent que le principe de coopération de Grice devrait être reformulé dans une manière à suggérer que les interlocuteurs ont la possibilité de refuser la continuation de l’échange verbal, de solliciter le changement du thème ou de la direction de la discussion. Cette observation est renforcée par l’existence des MD/MPoly de changement de thème (au sujet de, quant à, d’ailleurs, je veux dire, etc.) qui signalent précisément la modification de l’orientation de la conversation.
Les MD/MPoly de reformulation nous font mettre en doute deux points théoriques :
– le rôle attribué au principe de l’économie dans la communication verbale (la loi du moindre effort chez Martinet (1960), la Maxime de quantité chez Grice (1975) et une partie de la définition du concept de ‘pertinence’, qui stipule qu’un message est d’autant plus pertinent que les efforts pour le traitement de l’information sont plus petits, dans la théorie de Sperber/ Wilson (1986). La reformulation montre que les locuteurs sont disposés de faire des efforts supplémentaires pour exprimer un message relevant et clair;
– le phénomène de la reformulation impose une reconsidération de la concentration exclusive sur les inférences des récepteurs, qui caractérisent tant le cadre théorique de Grice que celui de Sperber/ Wilson. La reformulation montre que la pragmatique devrait étudier les inférences du locuteur aussi qui, après avoir prononcé son énoncé, le juge, comme un second destinataire, vérifiant si ce qu’il a dit correspond à son vouloir-dire et si sa phrase est compréhensible aux interlocuteurs. S’il est mécontent d’un de ces aspects, il peut offrir une paraphrase, répétant sous une autre forme ce qu’il venait de dire.